Sophie Lainault a été hôtesse de l’air sur des longs-courriers d’Air France de 1989 à 2019. Au total, 12 600 heures de vol à son actif dont la moitié de nuit. Rien que de très banal jusque-là.
Sauf que Mme Lainault a développé à 52 ans un cancer du sein en lien avec son activité. Le tribunal de Bayonne vient en effet de reconnaitre l’origine professionnelle de sa pathologie. Le travail de nuit, l’exposition aux radiations ionisantes, le tabagisme passif, dont elle a été victime avant l’interdiction de la cigarette dans les avions en 2000, ont été retenus en sa faveur…
Cette première dans le transport aérien n’est pas passée inaperçue parmi le personnel naviguant. Selon l’avocate de Sophie Lainault, ce verdict devrait inciter des personnels victimes de situations comparables à engager plus facilement des procédures de reconnaissance.
Si des liens entre le travail de nuit et la santé sont aujourd’hui bien établis dans la littérature scientifique, les études sont plus rares concernant le travail en horaires atypiques. Or, selon l’Anses (1), entre 55 % et 75 % des travailleurs effectuent des horaires longs (plus de 8h par jour et/ou 40h par semaine), décalés (de 5 à 8h et/ou de 19h à minuit) ou durant le week-end. Avec des effets perturbateurs sur la santé (sommeil, stress, etc) sur la vie de famille et le lien social.
L’agence sanitaire préconise d’ailleurs d’appliquer les mêmes dispositions « prévues pour le travail de nuit aux autres formes d’horaires atypiques » comme le temps de travail réduit à salaire constant, le repos compensateur, l’aide au transport ou à la garde d’enfants… Les experts optent plutôt pour des « compensations favorables à la santé » et pas pécuniaires. Une approche plutôt originale !
(1) Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail