Ange ou démon ? En l’espace de quelque jours, l’intelligence artificielle est passée d’un visage à l’autre. Ceux-là même qui nous promettaient de vivre plus longtemps, d’améliorer notre productivité en nous détachant des tâches ingrates affirment aujourd’hui que la machine infernale qu’ils ont construite risque de nous broyer. Rien que ça. Si les raisons de ce revirement restent pour l’instant obscures, elles interrogent déjà notre capacité à maitriser une technologie plutôt que d’en être la victime.
Le monde du travail est un terrain d’observation idéal pour voir de quel côté va pencher la balance. L’IA va-t-elle servir à justifier des plans de licenciement ou à accompagner les transformations et réduire les risques dans les entreprises ?
Pour l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), « l’enjeu central est de faire de l’IA un outil de prévention des risques professionnels, sans qu’elle devienne elle-même une source de risques ». Cet outil doit être conçu pour « renforcer le pouvoir d’agir des salariés, et non pour imposer un contrôle permanent ni procéder à une destruction des emplois », précise l’Anact en donnant quelques directions.
Parmi les green flags en faveur de l’IA : automatiser les tâches dangereuses, répétitives ou pénibles pour réduire l’exposition à certains troubles musculosquelettiques, détecter en temps réel le bruit, la fatigue, une posture à risque, une défaillance d’équipement, faciliter l’analyse des incidents ».
A l’inverse, « une vérification permanente » par l’IA peut accroître la charge cognitive, la pression temporelle, le risque d’épuisement. « L’automatisation excessive » elle, peut conduire, par exemple, à une perte de savoir-faire, un isolement, ou une insécurité professionnelle.
Et c’est là tout le paradoxe : en prenant la voie de la soumission, nous risquons de devenir des robots commandés par l’IA que nous avons créée. C’est à nous de choisir, pas à l’IA. Mais il y a urgence.