Paracétamol: vers la fin du libre-service

Les Français entretiennent un rapport particulier avec les médicaments. Nous sommes parmi les plus gros consommateurs de gélules et, pourtant la défiance vis-à-vis des produits pharmaceutiques persiste au fil du temps. Les laboratoires militent pour un développement de « l’automédication responsable » alors que nous avons parfois tendance à confondre pilule et bonbon.
L’usage du paracétamol en est le meilleur exemple. Doliprane, Efferalgan, Fervex Dafalgan, quels que soient les noms, ces médicaments ont vu la consommation augmenter de 53 % en dix ans. Prescrites ou pas par le médecin pour faire baisser la fièvre et soulager la douleur, un milliard de boîtes s’écoulent chaque année. C’est même le médicament le plus vendu en France. En 2018, un Français sur deux a eu au moins une ordonnance remboursée de paracétamol. La facture du Doliprane pour l’Assurance maladie s’élevait en 2017 à 202 millions d’euros.

Ces chiffres ont fait monter la fièvre à l’Agence du médicament (ANSM). Sûrs et très efficaces lorsqu’ils sont utilisés correctement, ces médicaments peuvent s’avérer dangereux lorsqu’ils sont consommés à mauvais escient. Le surdosage (pas plus de 4 grammes par jour pour un adulte) ou l’usage inapproprié (en association avec certains médicaments ou de l’alcool) du paracétamol peut entraîner des lésions irréversibles du foie. Il est la première cause de greffe hépatique d’origine médicamenteuse.

Voilà pourquoi l’ANSM souhaite que 36 spécialités à base de paracétamol et 46 anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ne soient plus en accès libre dans les rayons des officines mais qu’elles soient délivrées obligatoirement par le pharmacien avec les conseils d’usage. Cette mesure pourrait entrer en vigueur à partir du 1er janvier 2020 après la procédure contradictoire entamée avec les laboratoires concernés.

Une prise de position qui intervient un an après une consultation publique conduite par le gendarme du médicament. En août 2018, pour sensibiliser les patients aux dangers d’un surdosage, l’ANSM avait interrogé 2 300 personnes (patients, professionnels de santé, associations, laboratoires). 97 % d’entre elles s’étaient déclarées favorables à l’ajout sur les boîtes d’un message d’alerte sur les risques hépatiques liés au mésusage du paracétamol. La mention d’alerte « Surdosage = danger » devrait donc être apposée dans la prochains mois sur les boîtes.
Elle rappelle qu’aucun médicament n’est anodin. Et que tous ceux qui militent pour l’accès des médicaments en grande surface, comme l’Autorité de la concurrence, par exemple, font courir des risques sanitaires aux usagers. Les seigneurs de la grande distribution ne sont pas les seuls à mener ce combat. Ils le partagent avec des pharmaciens qui ont déjà transformé leur officine en Leclerc du médicament.

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