Virus et dépendance

Montrée du doigt hier encore pour avoir caché la réalité de l’épidémie du coronavirus à ses débuts, la Chine est devenue en quelques jours le pays le plus courtisé de la planète. Comment est-on passé si rapidement de l’opprobre à la courbette ? La pandémie a simplement rappelé à la plupart des dirigeants que la Chine restait le plus grand supermarché mondial. Médicaments, masques, tests de dépistage, respirateurs, la plupart des commandes convergent vers la République populaire. Non seulement, ses hauts dignitaires jouent les commissaires priseurs mais ils ne se privent pas de critiquer les stratégies des démocraties pour combattre le virus.

Au-delà des tractations financières et des frictions diplomatiques, cet épisode soulève dans la douleur la question clé de notre dépendance à l’égard des marchés asiatiques. Mais là, il ne s’agit pas de voiture ou  de minerais mais de notre bien les plus précieux : la santé.

Et dans ce domaine, nous avons fait preuve d’une très grande légèreté. Comme le rappelle l’économiste Claude Le Pen dans Le Monde, la France avait mis au point en 2007 « un dispositif de protection très ambitieux contre des pandémies de cette ampleur ». Cette initiative faisait suite à l’épidémie de grippe aviaire H5N1. Elle  a donné lieu à la création de l’établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus) et de la réserve sanitaire qui permet aujourd’hui d’apporter des renforts humains aux personnels soignants.
L’une des missions de l’Eprus était de gérer les stocks de masques, de vaccins pour faire face à d’éventuelles menaces épidémiques. L’épisode de la grippe H1N1, deux ans plus tard, dans lequel Roselyne Bachelot a été vilipendée pour avoir acheté trop de vaccins, a signé l’arrêt de mort – on presque – de la politique de prévoyance sanitaire. Le budget de l’Eprus a été divisé par dix et l’Etat s’est délesté de la gestion des stocks dits tactiques des masques.

Les trois lignes de défense contre le coronavirus, selon l’expression d’Edouard Philippe, payent aujourd’hui le prix de ce revirement. Les personnels soignants, les 19 millions de Français qui se rendent encore au travail et les citoyens ne disposent pas en nombre des armes élémentaires pour s’engager dans la guerre du Covid-19.

Lorsque l’heure des bilans aura sonné, les Français vont présenter la facture à Emmanuel Macron même si elle concerne ses prédécesseurs. Mais gouverner, c’est prévoir. Le président de la République le sait et se prépare à cette nouvelle séquence de protestation.
En déplacement cette semaine dans une usine de production de masques, il est convenu que cette crise avait « balayé les certitudes ». Confirmant ainsi sa nouvelle doctrine évoquée le 12 mars dans une allocution dans laquelle il qualifiait de « folie », la politique  qui consiste « à déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie au fond, à d’autres. Pour le chef de l’Etat, l’objectif est de retrouver d’ici à la fin de l’année  « une indépendance pleine entière » dans la production des masques.
Par la force des choses, Emmanuel Macron va ouvrir avant l’heure le débat de la prochaine élection présidentielle : le retour à la souveraineté industrielle face à la mondialisation débridée. Marine Le Pen la limite à nos frontières, le président sortant souhaite l’étendre à l’Europe.

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